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Expo Béton 2026 : Gisèle Bombele sonne l’alarme et propose une ceinture verte pour sauver l’agriculture urbaine à Kinshasa

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Kinshasa, 9 octobre 2026 — Face à la disparition progressive des terres agricoles sous la pression de l’urbanisation et à la dépendance de Kinshasa aux importations de légumes, Gisèle Bombele, conseillère au ministère de l’Agriculture, préconise le développement de l’agriculture verticale et l’instauration d’une ceinture verte autour des grandes agglomérations. Elle a formulé ces propositions lors du huitième panel de la troisième journée d’Expo Béton 2026, consacré à la croissance démographique, à la planification urbaine et à leurs effets sur la qualité de vie.

Pour Gisèle Bombele, l’agriculture doit occuper une place centrale dans le développement des villes congolaises. Cette vision s’inscrit, selon elle, dans la dynamique de la « revanche du sol sur le sous-sol » portée par le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, ainsi que dans la politique de « révolution agricole agressive » défendue par le ministère de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire.

L’objectif est de renforcer la production locale, d’améliorer la sécurité alimentaire et de réduire la dépendance extérieure, tout en faisant du secteur agricole un levier de création d’emplois et de croissance économique.

Kinshasa perd progressivement ses espaces maraîchers

Au cours de son intervention, la conseillère a alerté sur la réduction des terres consacrées aux cultures maraîchères dans la capitale congolaise. Selon les chiffres qu’elle a présentés, Kinshasa disposait d’environ 11 000 hectares destinés à ces cultures en 1970, alors que sa population était estimée à près d’un million d’habitants.

En 2026, avec une population évaluée entre 17,5 et 20 millions d’habitants, les superficies consacrées aux cultures maraîchères seraient tombées à environ 6 000 hectares.

Cette évolution illustre, selon elle, les conséquences d’une urbanisation qui ne prend pas suffisamment en compte les besoins de production alimentaire. L’expansion des constructions et la recherche de nouveaux espaces résidentiels réduisent progressivement les terres agricoles, pourtant indispensables à l’approvisionnement de la population.

« Tous les espaces qui étaient destinés à l’exploitation agricole à Kinshasa sont menacés par l’accroissement des immeubles qui poussent comme des champignons », a-t-elle déploré.

Pour Gisèle Bombele, la planification urbaine doit désormais intégrer la préservation des espaces agricoles au même titre que le logement et les infrastructures.

Des pertes post-récolte qui aggravent la dépendance aux importations

La question de la production ne constitue pas le seul défi. Les difficultés de conservation et d’acheminement des récoltes contribuent également aux problèmes d’approvisionnement de Kinshasa.

D’après les données avancées par l’intervenante, la capitale produirait environ 48 000 tonnes de légumes par an. Toutefois, près de 40 % de cette production seraient perdus après la récolte, notamment en raison de l’insuffisance des infrastructures de conservation et des difficultés de transport.

L’absence de chambres froides, de séchoirs et d’équipements adaptés compromet la valorisation des produits maraîchers. Les embouteillages sur les axes reliant les zones de production aux marchés de consommation accentuent également les difficultés d’acheminement des denrées périssables.

Gisèle Bombele estime que cette situation contribue à la dépendance de Kinshasa aux importations. Elle avance que 85 % des légumes consommés dans la capitale proviendraient de l’étranger, soit environ 145 000 tonnes pour une dépense évaluée à 196 millions de dollars.

Elle appelle ainsi à renforcer les capacités nationales de production, de conservation et de distribution afin de soutenir les producteurs locaux et de limiter les sorties de devises.

L’agriculture verticale pour exploiter les espaces disponibles

Face à la raréfaction des terres cultivables, Gisèle Bombele propose de promouvoir l’agriculture verticale, une approche qui permet de produire sur des surfaces réduites grâce à des dispositifs de culture adaptés.

Les toits des bâtiments et certains espaces publics pourraient notamment accueillir des activités maraîchères, contribuant ainsi à rapprocher les lieux de production des consommateurs.

Cette solution permettrait d’exploiter autrement les espaces urbains disponibles, sans devoir remettre en cause les constructions existantes. Elle pourrait également contribuer à diversifier les sources d’approvisionnement en légumes dans une ville confrontée à une demande alimentaire croissante.

La conseillère a, par ailleurs, insisté sur la nécessité de restaurer la fertilité des sols agricoles, fragilisés par la pollution, les déchets plastiques et les rejets industriels.

À titre d’illustration, elle a évoqué un rendement potentiel de 15 tonnes de tomates par hectare, contre trois à quatre tonnes sur certains sols dégradés. Pour elle, la régénération des terres constitue un enjeu important pour améliorer durablement la productivité agricole.

Une ceinture verte pour protéger les terres agricoles

Au-delà des solutions techniques, Gisèle Bombele plaide pour des mesures juridiques destinées à protéger durablement les espaces agricoles face à la pression immobilière.

Elle appelle notamment les parlementaires à soutenir l’adoption de dispositions plus rigoureuses en faveur de la sécurisation des terres consacrées à l’agriculture.

Parmi ses propositions figure l’élaboration d’une loi instituant une ceinture verte autour des grandes agglomérations. Elle suggère de réserver et de protéger 15 % des terres arables dans les villes de plus de 500 000 habitants afin de préserver des espaces dédiés à la production alimentaire.

Une telle mesure permettrait, selon elle, de mieux concilier l’expansion urbaine avec les impératifs de sécurité alimentaire et de prévenir la disparition progressive des terres maraîchères.

La conseillère préconise également une politique commerciale adaptée, susceptible de mieux encadrer les importations tout en favorisant la production nationale.

Repenser l’urbanisation à l’aune de la sécurité alimentaire

À travers ses propositions présentées à Expo Béton 2026, Gisèle Bombele invite les décideurs à intégrer pleinement l’agriculture dans les politiques d’aménagement du territoire.

Pour elle, le développement urbain ne peut se limiter à la construction de logements et d’infrastructures. Il doit également garantir la disponibilité des ressources nécessaires à l’alimentation des populations.

Le développement de l’agriculture verticale, la protection des terres arables, la réduction des pertes post-récolte et la mise en place d’une ceinture verte figurent ainsi parmi les pistes avancées pour renforcer la production locale et réduire la dépendance de Kinshasa aux importations de légumes.

Par Pascal Kazadi

La Rédaction de votre Média, évoluant dans la ville de Kisangani, Province de la TSHOPO, en République démocratique du Congo. Contacts : +243 815 397 719 +243 854 309 033