Washington, l’accord et les non-dits : la RDC et le Rwanda face à un avenir incertain
Chronique de ZK
Il y a des images qui en disent souvent plus que les discours. À Washington, au moment de la signature de l’accord entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, un détail a bondi aux yeux du monde : Félix Tshisekedi et Paul Kagame ne se sont pas serré la main. Ce geste manquant est devenu la métaphore parfaite de la situation : un accord signé, mais une confiance absente ; un texte diplomatique, mais des cœurs et des esprits encore sur le qui-vive.
Un accord historique… sur le papier
L’« Accord de Washington » se veut un tournant : cessez-le-feu, retrait des troupes rwandaises, désarmement des groupes armés, mécanisme de sécurité conjoint et respect de l’intégrité territoriale de la RDC. Sur le plan économique, il prévoit même un cadre d’intégration régionale et des projets conjoints, notamment autour des minerais et de l’énergie.
C’est, en apparence, une feuille de route ambitieuse.
Mais l’histoire de la région des Grands Lacs nous a appris que la signature n’est jamais la fin — seulement le début d’un long combat.
Les États-Unis, grands parrains du deal
La médiation américaine a été déterminante. À Washington, l’administration américaine a affiché deux visages :
Le visage diplomatique, soucieux de paix, de stabilité régionale et de réduction des crises humanitaires.
Le visage stratégique, tourné vers les minerais stratégiques de l’est de la RDC : cobalt, lithium, terres rares, indispensables à l’industrie technologique américaine.
Il serait naïf d’opposer ces deux motivations : elles cohabitent, elles s’entremêlent.
Les États-Unis veulent la paix — mais une paix qui facilite aussi l’accès stable à des ressources déterminantes pour leur économie et leur sécurité nationale.
Donald Trump, en félicitant les deux pays, ne s’en est pas caché : l’accord ouvre des opportunités « économiques » et « sécuritaires ». Le message est clair : la diplomatie suit toujours la géopolitique.
Un accord nécessaire, mais politiquement fragile
Si l’on écoute les diplomates, l’accord est une « avancée historique ». Mais dans les rues de Goma ou Bukavu, les sentiments sont plus mitigés.
La méfiance entre la RDC et le Rwanda reste profonde, presque viscérale.
Les populations de l’Est ont trop souvent vu les promesses de paix s’évaporer comme brume au soleil.
De plus, l’accord ne règle pas certains nœuds centraux du conflit :
l’influence régionale du Rwanda,
l’avenir du M23,
la protection des civils,
la lutte pour le contrôle des minerais,
et la question fondamentale de la souveraineté congolaise.
Un accord peut réaligner les diplomaties, jamais les réalités du terrain du jour au lendemain.
La poignée de main absente : symbole d’un malaise profond
L’absence de contact entre Tshisekedi et Kagame n’est pas anecdotique.
Elle témoigne d’un accord signé sous pression diplomatique plus que dans la conviction d’une réconciliation.
Un accord signé par nécessité, plus que par confiance.
Un accord arraché, plus que désiré.
Et cela change tout : la mise en œuvre dépendra de cette confiance… qui manque cruellement.
Paix dans l’Est : l’espoir ou l’illusion ?
Alors, que peut-on espérer ?
À court terme, sans actions claires — retrait des troupes, fin du soutien aux groupes armés, protection des civils — la situation ne changera pas brutalement.
La paix dans l’Est est un chantier complexe, qui dépend aussi bien de Kigali que de Kinshasa, mais aussi de l’implication réelle des États-Unis.
À moyen terme, si le mécanisme de sécurité conjoint fonctionne et si les États-Unis maintiennent une pression permanente, l’accord pourrait créer les premières bases d’un apaisement durable.
Mais cela suppose plusieurs conditions :
un Rwanda réellement disposé à se retirer du jeu militaire,
un Congo capable de renforcer son armée et son autorité,
et une exploitation transparente des ressources — loin des réseaux opaques qui ont alimenté les guerres depuis 30 ans.
Entre scepticisme et espoir
L’accord de Washington n’est ni la paix retrouvée, ni une capitulation, ni une trahison.
C’est un pari.
Un pari risqué, nécessaire, mais encore fragile.
La paix ne naîtra pas d’un document signé dans une salle de la capitale américaine.
Elle naîtra sur les collines du Nord-Kivu, dans les villages meurtris, dans la réinsertion des enfants soldats, dans la désactivation des réseaux mafieux, dans le courage politique des dirigeants — et dans la confiance retrouvée entre deux peuples frères que la géopolitique a trop longtemps séparés.
Pour l’instant, la chronique reste ouverte.
Et l’avenir, encore suspendu à une poignée de main qui, elle, n’a pas eu lieu.
ZK
La Rédaction de votre Média, évoluant dans la ville de Kisangani, Province de la TSHOPO, en République démocratique du Congo. Contacts : +243 815 397 719 +243 854 309 033
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